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L'OMS alerte sur une propagation inquiétante d'Ebola en RDC

L'OMS alerte sur une propagation inquiétante d'Ebola en RDC

L'épidémie d'Ebola s'intensifie dans l'Est de la RDC

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Institut National de Santé Publique (INSP) ont récemment confirmé l'extension de l'épidémie d'Ebola de souche Bundibugyo à une huitième zone de santé en Ituri, la localité de Bambu, en République Démocratique du Congo (RDC). Cette avancée du virus dans une région sous l'influence de groupes armés rend la gestion de l'épidémie particulièrement complexe et suscite de sérieuses inquiétudes quant à sa maîtrise.

Une situation épidémiologique alarmante

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, a présenté une mise à jour épidémiologique qui révèle une situation critique. Les chiffres officiels font état de 82 cas confirmés et 7 décès, mais l'OMS estime que l'ampleur réelle de l'épidémie est bien plus vaste, avec environ 750 cas suspects et 177 décès communautaires non comptabilisés. Une augmentation notable de 18 nouveaux cas et un décès supplémentaire ont été enregistrés en seulement 48 heures, soulignant la rapide progression de la maladie.

La situation est particulièrement préoccupante dans la zone de santé de Bambu, où un cas confirmé et deux cas suspects ont été signalés. Plus alarmant encore, sur les 128 cas contacts identifiés en 24 heures, aucun n'a pu être suivi par les équipes médicales en raison de l'insécurité, créant ainsi un risque élevé de propagation incontrôlée.

L'insécurité, un frein majeur à la riposte sanitaire

Bambu, située dans le territoire de Djugu, est une zone dangereuse contrôlée par la milice CODECO (Coopérative pour le développement du Congo). Cette région, connue pour ses violences et ses attaques contre le personnel humanitaire, rend impossible le déploiement d'une riposte médicale efficace. Des incidents passés, tels que des attaques contre Médecins Sans Frontières (MSF) en 2021 et le pillage de structures de soins en 2022, illustrent les défis sécuritaires. Dans ce contexte, l'envoi d'agents de santé pour isoler les malades d'Ebola est considéré comme extrêmement risqué.

L'évolution de la crise épidémique en Ituri prend désormais une tournure dramatique en ce mois de mai 2026. Alors que l'épicentre initial de la maladie restait circonscrit le long de l'axe routier Iga Barrière-Mongwalu, l'apparition du virus à Bambu, dans le territoire de Djugu, change radicalement la donne.

Défaillances du système de confinement et menaces transfrontalières

Au-delà de Bambu, le système de confinement à l'échelle provinciale montre des signes de faiblesse. Le taux global de suivi des contacts a chuté à seulement 7 % dans les deux provinces touchées. L'OMS a également documenté l'évasion de quatre patients contagieux des centres de soins de Bunia, Rwampara et Mongwalu. La logistique est entravée, avec neuf échantillons sanguins bloqués à l'INRB de Beni faute de transport sécurisé.

La menace s'étend au-delà des frontières, notamment vers l'Ouganda. Des alertes signalent que des citoyens congolais traversent clandestinement le lac Albert pour assister à des veillées funéraires en RDC avant de retourner en Ouganda, augmentant le risque de propagation transfrontalière. Face à la défiance communautaire, les équipes médicales ont demandé l'interdiction des veillées funéraires, rituels propices à la transmission du virus.

Implications et perspectives

La crise à Bambu met en évidence la manière dont les conflits armés peuvent servir de bouclier à la propagation d'un virus comme Ebola. La souche Bundibugyo ne disposant pas encore de vaccin, l'isolement rapide des cas contacts est la seule mesure efficace. La perte de contrôle de Bambu en raison de la milice CODECO crée un foyer épidémique majeur aux portes de l'Ouganda, soulignant que la sécurité sanitaire mondiale est intrinsèquement liée à la stabilité politique sur le terrain. L'OMS a annoncé le déploiement de personnel supplémentaire et la tenue d'un briefing de crise à Genève. La RDC est confrontée à un dilemme : militariser la riposte sanitaire ou risquer une propagation régionale de la souche Bundibugyo.

Source: Le Journal du Congo